Article Metro Stephane Hugon
Stéphane Hugon : “Les relations qui se construisent par le Web construisent des communautés fortes”
Chercheur à la Sorbonne, Stéphane Hugon analyse le phénomène des communautés.
Portrait
Stéphane Hugon est sociologue, il a une activité de recherche et d’enseignement au CeaQ (www.ceaq-sorbonne.org) à la Sorbonne , auprès du Pr Maffesoli. Stéphane dirige depuis cinq ans un groupe de recherche sur les usages des technologies vues à travers le filtre des utilisateurs (Gretech). Son travail de recherche porte sur l’étude des liens et réseaux sociaux en ligne, la construction identitaire et l’influence de la mobilité sur les comportements de communication. Son doctorat est centré sur la constitution du lien social et communautaire on line. Stéphane est intervenu depuis une dizaine d’année sur différentes grandes études d’usages et de comportements auprès de grands comptes et de collectivités locales (SK Corée, Microsoft France, Ville de Paris…)
Interview
Vous êtes en permanence entre la sociologie et la technologie. Peut-on parler de différents types de communautés ou est-ce qu’elles se ressemblent toutes ?
Il y a une transversalité entre les différentes communautés. Chacune d’entre elles est un lieu où on va se rencontrer mais elles ne sont jamais exclusives. Elles sont toujours en relation entre elles. Chaque membre d ‘une communauté va avoir des moments de cristallisation avec cette tribu, des moments d’agrégation, des moments de rencontres, et puis des moments de relâchement total qui vont s’intervertir avec d’autres moments qui sont des moments d’adhésion avec d’autres communautés. Il y a cette idée de sincérités successives. La singularité des tribus d’aujourd’hui est leur capacité à être a la fois très solide et très molles. Je fais partie de plusieurs tribus et je vais vagabonder dans une même semaine, voire une même journée de l’une à l’autre, à des moments différents avec une certaine aisance dans le passage de l’une a l’autre.
On parle de communautés réelles et virtuelles. Y a t il une vraie différence ?
Je ne ferais pas différences. On ne considère par la relation sociale passant par le téléphone comme une sous-relation. Internet devient un usage de masse et on se rend compte que les relations qui se construisent par le web construisent des communautés fortes. Cela n‘est pas moins important que ce qui se passe dans la vie réelle. La réalité des communautés virtuelles ne doit pas être sous-estimée. A partir du moment où une certaine masse critique en termes d’expérience sociale est dépassée on ne peut plus parler de simple virtualité.
Peut-on parler de convergence entre le réel et le virtuel ?
Le parallèle avec la convergence web-mobile est juste. Aujourd’hui une communauté ne se conçoit plus uniquement dans la vie réelle ou sur le web. Elle est partout, dans l’espace et dans le temps. Les technologies de gestion de communautés les plus avancées intègrent cette notion et utilisent la puissance combinée du mobile et du web pour gérer le lien communautaire de manière unique, quelque soit le média, en permettant de rester en contact partout, dans la ville.
Une communauté ce sont des gens qui se regroupent dans un endroit. Qu’est ce qui fait que les gens vont dans un endroit et s’y regroupent?
L’essentiel de ce qui fait une communauté c’est le partage d’un imaginaire commun. Ce n’est pas le contenu de ce qui va s’échanger réellement. Avant tout il y a un protocole d’approche qui passe par des choses non rationnelles, qui sont dans le partage implicite de valeurs de codes de signes faibles. La solidité des communautés vient par la production et l’entretien de ce nuage de signes, de ce bassin sémantique, qui donne la corporalité à ceux qui sont dans la communauté.
Courtoisie. Metro France
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